Espilit / Joulé

Deux artistes, deux modes de travail sur le papier.

« On pourrait se poser la question du choix de ce médium, de l’outil, ou de la matière utilisée.
Pour eux, le choix fut une évidence.

Le papier.
Ce papier sur lequel le temps n’a que peu d’emprise.
Ce médium qui fascine par sa technicité mais aussi par ses facéties, dont les artistes s’emparent avec bonheur.
« Le papier a bien plus de patience que les gens. » Dans un monde obsédé par la vitesse, il garde en mémoire plus de 2 000 ans de secret. Souvent considéré comme préparatoire, il révèle pourtant la naissance de l’œuvre.
Dans sa sensation de fragilité, il recèle une résilience inestimée.
Une confiance active dans un processus de vie.

Jean-Louis Espilit expérimente ce support depuis de nombreuses années ; il recherche celui qui possède le plus d’histoire.
Des papiers d’Asie, d’Égypte, à condition qu’ils lui livrent autant de plis et de replis.
Une patience à toute épreuve.
Trouver le bon papier parmi cette pile accumulée.
Le révéler à la lumière du jour, car, en effet, les papiers choisis par l’artiste ont parfois des centaines d’années, voire plus.
Une patience dans le temps.
Ces « immanences » deviennent de véritables œuvres d’art lorsque Jean-Louis trace les signes temporels d’une ontologie.
Nous parlons ici de patience des papiers, puisque le rythme se prolonge, s’étire et convoque d’autres espaces.


Pour Michel, la patience viendrait plus exactement de la réaction du papier face à la matière de l’huile. Par conséquent, qu’ils soient Canson ou buvard, l’artiste joue de cette texture dans la lenteur de son absorption.
L’existence précède l’essence et, dans un souffle, le trait s’exécute.
Aussi, il est là, dans le temps et se manifeste au fur et à mesure que l’huile s’allonge sur le support pour en livrer sa robe safranée.

Sur la série des buvards, Michel Joulé, jongle avec les deux côtés de la feuille. Par devant, le trait sec et répétitif lui permet de coudre un bâti ; à l’envers de celui-ci, les courbes absorbées laissent entrevoir la naissance du vivant.
Nos deux artistes appréhendent le temps comme une succession d’instants présents.
Notre volonté d’intituler cette exposition « La patience des papiers » est, pour nous, une façon de ne plus être soumis à l’accélération sociale.
Surveiller la trotteuse de l’horloge ne la fait ni accélérer ni ralentir. Au contraire : elle nous stoppe dans l’envie. »

Cette exposition se tiendra à la Galerie 21, Place du Salin 3, impasse de la Trésorerie
Tous le mois de Septembre
Du jeudi au samedi de 15h à 19h

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