Graneris Livio
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BIOGRAPHIE :

Galerie 21 livio Graneris Portrait

 

 

 

 

Fils d’artiste peintre, je suis entré très jeune en contact avec le monde de l’art : galeristes, artistes, peintres et sculpteurs étaient mon pain quotidien, le cercle des personnes que je fréquentais.

Je me souviens des visites dans les ateliers des collègues de mon père, où j’écoutais pendant des heures leurs débats sur les peintures, les toiles en cours et l’étude de la couleur.
Il est singulier que les peintres puissent passer des heures ou des jours à discuter de la façon d’obtenir une seule nuance de gris ou de sienne, mais cela révèle certainement une passion profonde pour leur art qui va au-delà des techniques grossières.
Dans les dîners organisés par mon père j’étais spectateur des louanges de mes amis peintres pour leur art : ils étaient tous fous amoureux de leur travail, à tel point qu’ils négligeaient souvent l’aspect économique lié à la vente.
D’autre part, même mon quotidien, dans la relation avec mon père, était imprégné de cette atmosphère passionnée : d’abord à l’atelier puis à la maison, je passais des week-ends entiers à ses côtés et j’expérimentais moi aussi les couleurs, les formes et les dessins. brosses.

Je ne me suis jamais senti plus chanceux que les autres, mais tout ce monde était magique et fascinant pour moi ; les visites des ateliers et les conférences sur l’art m’ont donné quelque chose de spécial, de différent, de plus intéressant et de plus important.

J’ai perçu que la vie d’artiste est un chemin chanceux, c’est la possibilité de mener une double existence : l’une tournée vers le quotidien et l’autre vers la création.
C’est ainsi que, telle une petite éponge plongée dans cette atmosphère et spectatrice curieuse d’expositions et d’expositions d’art contemporain, j’ai affiné mon regard et une sensibilité chromatique : j’ai appris à reconnaître et distinguer les multiples formes d’art et le concept de créativité.

A l’âge de douze ans j’avais mon propre appareil photo et, grâce à mon père et son ami Pilu Locatelli, j’ai pu exprimer ma créativité : déjà à l’époque, j’essayais d’immortaliser l’abstrait, la beauté cachée du quotidien.

J’appartenais certes à une petite élite de la société, certains discours et certaines sensibilités sont rarement rencontrés, pourtant je ne m’en rendais pas compte ; les enfants définissent certainement « normal » ce qu’ils vivent habituellement et c’est précisément de cette normalité que j’ai cherché l’émancipation dans les années d’adolescence qui ont suivi.

J’ai donc abandonné une passion naissante pour une autre, la cuisine. Je me rends compte que cela a longtemps guidé mes choix et m’a tout de suite permis de voyager à travers l’Europe et le monde, m’éloignant des gens qui, en grandissant, se sentaient éloignés de ma façon d’être et trop proches des choses, pour moi, inutiles.

Le cuisinier est un métier que l’on peut exercer n’importe où et c’est ainsi qu’après la Suisse, j’ai travaillé en Italie, au Mexique et en France. Voyageant et stimulant l’esprit avec des langues, des goûts, des cultures et des lieux inconnus, j’ai commencé à devenir un homme et à me demander quelles étaient mes origines, d’où je suis parti.

 

Pendant des années j’ai oublié la peinture, la sculpture et l’art en général, ne le vivant plus dans mon quotidien. Mon inconscient n’avait pourtant pas cessé de ressentir de l’attirance : la sensibilité artistique peut aussi s’exprimer dans d’autres contextes que ceux de l’art contemporain et la cuisine en fait partie. En fait, je souris en pensant que mon père a toujours été un cuisinier habile et que ses dîners étaient aussi réputés pour les délices qu’il servait à table.

Alors, comme cela arrive parfois dans le chapitre clé d’un roman, le jour de la fermeture de mon restaurant, je tombe à nouveau sur un Nikon. La caméra exerce un pouvoir sur moi et je décide immédiatement de l’acheter : avec un salaire à la fin du mois, maintenant, je peux me le permettre.

Tout dans la ville devient nouveau, beau, lumineux. Je vis d’ombres, de nuances, de couleurs et de gris.

 

En tant que photographe.

L’éducation à un jeune âge m’a permis de développer une sensibilité en observant la réalité avec un œil créatif, en trouvant la beauté dans les objets communs. Des arts visuels j’ai certainement hérité la manière de voir, la sensibilité à noter les couleurs et les différentes nuances, le plaisir de trouver une courbe ou une ombre sensuelle.

Je ne serai jamais peintre car je ne sais pas gérer une toile et je ne suis pas familière avec les huiles, dessiner la couleur, les épaisseurs et les textures mais mon oeil voit comme un peintre, parvient à conceptualiser et à abstraire la réalité. J’ai un immense respect pour la peinture et je ne veux pas me mettre au même niveau qu’un artiste car il ne se limite pas à une intuition juste immortalisée d’un déclic, mais poursuit un travail de réflexion et de technique, avec beaucoup plus d’importance délais de réalisation. Et c’est dans ce contexte que je construis une identité : mon œil pictural s’exprime à travers le cliché photographique, créant une image instantanée.

 

Je vois un Burri dans la rouille d’un garage ; Je vois Fontana dans la verticalité d’un mur ; Je retrouve Serra dans les lignes sinueuses d’un immeuble de banlieue ou sur les murs de fer d’une usine.

Dans ce jeu d’intuition esthétique, la caméra est le moyen qui me permet de consolider l’abstraction mentale de la réalité que j’observe, sa transfiguration picturale. L’appareil photo me convient pour son immédiateté, il enregistre en un geste ce que mon œil perçoit.

 

Charlie Mingus, dans sa biographie, raconte qu’à un certain moment de sa vie, il n’a pu jouer ni avec des jazzmen blancs ni avec des Afro-Américains parce qu’il sentait qu’il n’appartenait à aucun des deux groupes. En me permettant l’analogie avec la vie d’un de mes musiciens de jazz préférés, je ne ressens aucune affinité avec une approche existante de la photographie.

Il y a ceux qui tirent de manière descriptive pour dire quelque chose ; il y a ceux qui immortalisent une beauté déjà existante avec l’envie de la retrouver, de partir en zone de guerre, d’entrer dans une forêt ; il y a ceux qui tirent dans des situations extrêmes comme du haut d’un hélicoptère pour voler des vues à couper le souffle ; il y a ceux qui ont la patience de monter un trépied et d’attendre le bon moment pour filmer avec tous les dispositifs techniques possibles. Tous ces types de photographes créent une photographie descriptive, sentimentale et narrative. C’est pourquoi j’aime les regrouper sous le nom de « Caravaggieschi », car ils utilisent la photographie de manière figurative, poussant à l’extrême l’histoire de la réalité.

Passant d’une interprétation de la réalité étrangère aux canons figuratifs, avec la caméra je suis capable de montrer la beauté là où elle est invisible, je l’invente en faisant abstraction des formes de la vie quotidienne. Je ressens donc un détachement de la plupart des photographes actuels justement à cause de ce qu’ils sont capables de produire avec mes clichés. Jamais figurative et jamais prévisible, ma photographie est toujours abstraite au point de vouloir désorienter l’observateur.

Le regard de l’observateur joue avec les formes et les couleurs de mes photos, essayant de reconnaître le sujet dans sa réalité quotidienne, mais qui, décontextualisé et montré sous un autre angle, change de forme et de sens. En décomposant et recomposant la réalité à travers mon œil pictural-photographique, j’en crée une nouvelle, inédite, dans laquelle l’observateur découvre une beauté sans rapport avec les formes de l’habituel.

Inspiration

En photographiant, j’entretiens une conversation intime avec les peintres qui m’ont appris à voir.

L’artiste central pour moi, c’est Duchamp que je ressens comme un héritage culturel et artistique contemporain, une façon de voir et d’interpréter le monde. Un objet, retiré du contexte dans lequel il se trouve habituellement, acquiert une nouvelle vie et un nouveau sens et c’est le pouvoir de l’action de décontextualisation, en tant que forme d’art conceptuel. C’est dans cet espace de création de Duchamp qu’agit mon œil pictural et ma façon de photographier naît.

À l’instant d’un plan, une chaise cesse de jouer le rôle pour lequel elle a été conçue et, par un processus de soustraction, devient forme et volume purs. Prendre des fragments du quotidien, c’est l’abstraire, les recomposer et les exposer dans une photo les décontextualise.

Et cette photo retrouve une beauté qui était invisible, elle la réinvente parmi les criques des objets du quotidien : ainsi je ressens aussi ma conviction que la beauté ne s’invente pas, mais se montre et se révèle. Avant d’être un bon artiste, il faut être un grand observateur.

Du maître conceptuel, aux maîtres de l’esthétique qui ont marqué mon regard sur le réel. Pour le chromatisme, le travail sur le tonalisme et l’association des couleurs, je me tourne vers Albers et Reinhardt, dont j’apprends que le noir est une couleur autant que le rouge et qu’il existe des dizaines de bleus. Je suis fasciné par l’effet des rouilles de Serra, j’intériorise son utilisation de la forme dans l’espace et je l’exprime dans les plans que je recherche dans des lieux marqués par le passage du temps. A propos de Devalle Je m’intéresse principalement aux collages, les études géométriques que je trouve lorsque je me déplace dans des paysages urbains aux architectures carrées.

Aux côtés de tous ces grands artistes, mon père fait certainement partie de ceux qui m’ont influencé dès mon plus jeune âge. De sa période d’abstraction informelle j’aime l’utilisation qu’il fait de la matière et sa capacité à mélanger les couleurs.

Je veux rapporter une de ses réflexions qui révèle une approche précise de la figure de l’artiste. « Quand on regarde Piet Mondrian, par exemple, l’attitude d’un profane pourrait conduire à dire : « Équerres et compas et tout est fait ! », rien de plus faux. Au lieu de cela, il était extrêmement sensuel et émotif et tout son travail était basé sur l’intuition, il ne se limitait pas au nombre d’or, la rationalité était dans sa tête tout comme la composition et l’équilibre ; personne d’autre n’aurait pu faire ce genre de peinture. La pâte chromatique qui se fend et craque, des couches et des couches de couleur qui ramène à la tradition hollandaise de la peinture flamande. Il ne faut donc pas simplifier ce qui n’est pas toujours compris. ». Simple n’est pas simpliste : la soustraction sous-jacente à un processus créatif est la conséquence de l’approche du but.

Étroitement liée à la figure de mon père, il y a celle de Pilu Locatelli, peut-être l’artiste et photographe qui m’a le plus formé et avec qui je me sens le plus à l’aise : le seul photographe parmi mes maîtres. À certains égards, il peut être considéré comme l’emblème de l’homme créatif car il a toujours vécu l’art, à travers la prise de vue photographique, comme une nécessité naturelle, sans jamais montrer son travail à plus de quelques amis et le rendre si précieux parce qu’il est destiné à quelques chanceux. Utiliser la caméra de manière anormale, avec un œil non conditionné par les paramètres classiques et avec l’intention d’enquêter sur la réalité et de rendre visible l’invisible. De lui j’ai appris à observer la nature et à la rendre plastique ; pouvoir transmettre la puissance de la matière dans le plan et photographier un élément comme un rocher sans tomber dans la photo naturaliste, mais en préservant la force expressive que possède la matière vivante.

Conclusion.

Pendant des années, l’art a existé grâce à des commandes, presque toujours au service de croyances religieuses, il a donc toujours été plus compréhensible car il représentait des sujets reconnaissables : le Christ blond, Zeus, un dieu représenté sous forme d’homme. Au XXe siècle, cependant, la créativité s’est éclaircie et l’artiste a pu continuer à rechercher les lumières, les couleurs et les formes mais en dehors des canons académiques préétablis. Le passage à un art sans dogmes n’est pas un processus difficile pour un artiste qui peut ainsi exprimer technique et intuition sur des sujets qui lui ressemblent davantage. La contemporanéité est la libération de la créativité.

Force est de constater que les langues ont changé très vite et les observateurs, habitués à reconnaître l’art à partir du sujet dépeint, perdent leurs repères et devant un tableau de de Kooning, où l’artiste abstrait fait ressurgir la beauté de Naples en accentuant ses couleurs. de manière complètement abstraite, ils se sentent désorientés.

Dans le domaine de la photographie, qui existe depuis bien moins longtemps que la peinture, je réalise cette démarche : je soustrais au reconnaissable pour m’accorder sur les formes et les lumières. Je prends ainsi le risque de déstabiliser le spectateur de mes prises de vue, car l’observateur est habitué à reconnaître l’émotion d’un visage ou d’un paysage qui sont, par certains côtés, plus rassurants. Ma photographie, bien qu’abstraite et donc apparemment dépourvue de références pour le spectateur, est appréciée parce que j’arrive à communiquer mon idée de l’espace de composition, en le divisant, en le coupant et en faisant ressortir ses couleurs. Ainsi je mets en œuvre une conceptualisation qui a du succès.

 

Pino Mantovani – settembre 2020
“Chi osservi le fotografie di Livio Graneris è sorpreso da una evidenza: che il colore non è “fotografico”, sebbene le riprese siano – la maggior parte – dal vero, gli scatti diretti e senza trucco, le stampe mai manipolate da photoshop o altri sistemi di ritocco. Ho detto il colore, ma dovrei dire… ” Leggi di più

L’artiste italien Livio Graneris expose trois photographies au mois de février. Deux oeuvres sont issues d’une de ses séries phares nommée Architectural et la troisième est une œuvre originale conçue spécialement pour Toulouse. Elle reprend les codes esthétiques des deux autres et illustre la singularité architecturale du campus de l’Université Toulouse 1 Capitole. Le travail du photographe met en avant des bâtiments au cadrage serré mêlant poésie et abstraction.

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Italie