Audoubert Nina
Audoubert Nina artiste peintre de la galerie 21 à Toulouse, travaille la couleur comme une sorte d’irrésistible évidence dans ses contraires. Elle peint une humanité qu’elle seule distingue, des visages sortant de nulle part ou surgissant d’un passé limbique qu’il est important de s’affranchir.
On en parle
"À première vue, Nina pourrait passer pour une petite fille modèle, le genre de créature sage et délicate que l’on croise dans les contes de fées modernes, mais ne vous laissez pas berner par ce visage angélique. Derrière ses yeux doux se cache une âme tourmentée, une créatrice en proie à ses démons intérieurs, qui lacère la toile de ses émotions brutes avec violence.
"Je peins toujours en état d’urgence, quasiment en transe, précise-t-elle. Je n’ai aucune formation académique, je suis autodidacte, issue d’un milieu modeste. Je n’ai pas grandi avec les codes du monde artistique que je fréquente aujourd’hui."
Son père, ouvrier, et sa mère, femme de ménage, l’ont élevée loin des cercles feutrés des galeries d’art. Pourtant, ce manque apparent de références devient une force inédite. Si elle évolue aujourd’hui parmi l’élite culturelle, elle reste irrémédiablement étrangère à ce monde, ce qui la pousse à exprimer par sa peinture une vision brute et sans fard.
Le couteau pour seule arme
Son arme ? Le couteau. Cet outil tranchant qu’elle manie avec précision devient le prolongement de son être. Chaque coup de lame sur la toile est un cri, une émotion déchirée. Nina ne peint pas, elle combat, elle griffe, elle taille, elle saigne ses toiles jusqu’à ce que ses émotions y soient ancrées à jamais. Les couleurs sont brutes, les formes déchirées, laissant derrière elles un paysage pictural qui évoque davantage les thrillers sombres de Brian De Palma que les douces mélodies de Disney.
Nina est bien plus proche de l’héroïne tragique d’un film noir, sa deuxième passion, que d’une princesse aux boucles dorées. Ses portraits sont hantés par des visages tourmentés, des regards perdus, des atmosphères saturées de fumée de cigarette et de mystères insondables. On y sent l’odeur du tabac froid, on entendrait presque le froissement d’une cravate ou le cliquetis d’une arme dans l’ombre. Il y a une violence sourde, une tension palpable qui traverse chaque œuvre, comme si chaque toile racontait une histoire obscure, un secret inavouable.
À seulement 23 ans, elle invente un univers qui n’appartient qu’à elle. Elle ne cherche pas à plaire, elle ne cherche même pas à être comprise. Elle crée pour exister, pour survivre à ses propres tourments, et cette sincérité désarmante est sans doute ce qui la rend si fascinante. Nina, avec sa touchante naïveté et sa rage, laisse une traînée de lumière et de sang, un sillage qui ne s’oublie pas. Son travail est un cri, une invitation à plonger dans le côté sombre de l’âme humaine, là où le couteau remplace le pinceau."
Ses oeuvres
« Je pourrais attendre ma photo devant un photomaton, et il en sortirai une avec un autre visage. Et ça ce serait le début d'une histoire. »
Les Ailes du désir, Wim Wenders et Peter Handke
Les tableaux naissent toujours d'un petit bout de moi.
C’est une pratique très solitaire, j’utilise des miroirs, des photos de moi même. Je peins des visages pour ne pas les oublier. Je les trouve dans mes rêves ou quand je ferme les yeux. Certains sont des amis, d'autres sont des visages qui débordent d'émotions au détour d'une ruelle. Je cherche les moments de ruptures.
Il y a toujours un moment où quelque chose bascule, une fissure à peine visible, mais irréversible. Peut-être que toutes mes peintures partent de là.
Je peins pour pouvoir dire.
L'art me sert d' exutoire, de défouloir même. D’abord le dessin, le squelette sur lequel je viens poser la peinture. Puis je dois aller vite, je mélange peu les couleurs, car l'image s'efface, elle n'est déjà plus tout à fait la même qu'au début. Je la façonne avec le couteau, des couches, des traits épais et rigides. C’est un outil imprévisible et tranchant, il donne le ton au personnage.
Jusqu’à lui donner quelque chose en plus, une petite lueur qui me dit que je dois m’arrêter là.
Je veux toucher à ce que l’on porte en soi, à ce que l’on tait. Cette mémoire qui nous accompagne chaque jour, en attendant qu’elle finisse par s’effacer ou que tout s’effondre.
Vulnérabilités, colères et peines, une fois sur la toile, sont figées. Emprisonnées dans les couches de peintures.
Biographie complète
Je suis une artiste autodidacte originaire des Pyrénées ariégeoises. Je dessine depuis l’enfance, j’imite ma mère qui recopiait des bandes dessinées de sa jeunesse, notamment celles d’Enki Bilal. Je m’isole souvent pour dessiner.
Je grandis dans une famille soudée, dont l’équilibre est bouleversé par un accident. À l’âge de 11 ans, je prends sur moi, je cache mes émotions. Je ne veux pas ajouter de poids à ce que ma famille traverse déjà. Alors, je m’efface, je reste des heures dans ma chambre à dessiner. Je n’ai pas la place pour parler et je finis par ne plus savoir comment le faire. Ce silence me suit au-delà de l’enfance. Il me laisse seule face à des violences que je n’arrive ni à nommer ni à dénoncer.
En 2019, je pars à Toulouse pour étudier le cinéma. Je cherche aussi à m’éloigner de cet environnement. J’écris des courts-métrages et je commence à peindre, sans comprendre encore ce qui se joue dans mes images. Le confinement me coupe de mon matériel et je décroche les ardoises de mon toit pour pouvoir continuer à peindre. J’ouvre un vieux kit de peintures à l’huile et je me lance. La matière me dépasse d’abord, je délaisse peu à peu les pinceaux pour le couteau, qui m’offre une manière plus directe et plus libre de peindre. Mon geste est plus franc, les couleurs plus brutes. Je cherche moins à reproduire ce que je vois qu’à saisir un fragment, une fissure de l’âme.
C’est en réalisant un autoportrait, alors que je vis une relation violente, que je commence à comprendre ce que la peinture peut révéler. Mon corps y apparaît presque écorché, ma bouche a disparu sous des traînées rouges. Il ne reste que le regard, empreint de tristesse. Je n’ai pas consciemment cherché à représenter ce que je vis, mais la peinture m’a permis de le voir. Je me mets alors à peindre frénétiquement pour comprendre ce que je traverse et trouver un moyen de l'exprimer.
En 2023, j’obtiens mon diplôme d’études audiovisuelles et réalise plusieurs courts-métrages.
En parallèle, je commence à exposer mes peintures à l’huile dans des lieux intimistes. Des endroits où les œuvres rencontrent les gens autrement. Je me rends compte qu’elles peuvent exister en dehors de ma chambre.
En 2024, je travaille sur le long-métrage franco-espagnol Les Éclats, en tant que cheffe décoration et costumes. La même année, je m’achète une guitare et je rejoins un groupe de musique comme chanteuse. Je peins, je dessine, je chante, je cuisine, je fabrique, je découpe.
Je cherche des moyens de créer, de crier ce qui est à l’intérieur. Il n’y a plus assez de place pour tout contenir.
2025 est marquée par la maladie. Une opération en janvier 2026 marque le début d'une longue rémission, traversée par la douleur physique et une lente récupération. Je ne peins plus et je laisse des personnages inachevés. Dès que ma santé me le permet, je reprends le travail. J'ai le sentiment de leur devoir quelque chose, je les ai laissés presque vivants, sans
leur avoir donné leur peau.
Aujourd'hui réinstallée à Toulouse, je poursuis mon travail, toujours à la recherche de ce qui a été oublié.